Une récente étude du Conseil économique, social et environnemental dénonce les violences subies par les femmes, notamment au travail, et invite les partenaires sociaux à s'engager davantage dans leur prévention.

Dès 2001, le Conseil économique, social et environnemental (Cese) avait dénoncé le harcèlement moral au travail, et notamment celui des hommes sur les femmes, "qui peut avoir des liens avec le harcèlement sexuel". Une récente étude, menée par la Délégation aux droits des femmes et à l'égalité du Cese, rappelle la variété et la gravité des agressions subies par de nombreuses filles et femmes en France hexagonale et outre-mer : violences conjugales, viols, mutilations, mariages forcés, violences à l'école, gestes déplacés, menaces, injures… et harcèlements sexistes au travail.

Cette étude, intitulée "Combattre toutes les violences faites aux femmes, des plus visibles aux plus insidieuses" et rendue publique en octobre dernier, souligne que ces agissements constituent la violation des droits fondamentaux la plus répandue.

Du côté du travail, près de 17 % des répondantes à l'enquête nationale sur les violences envers les femmes en France, lancée en 1999, signalent des violences psychologiques, en citant les horaires, les tâches et services imposés, les critiques répétées et injustes, des mises à l'écart. Elles font aussi état d'agressions verbales ou physiques, d'agressions et harcèlements sexuels, y compris de viols. "Il s'agit de violences venant de pairs subies par 20 à 25 % des femmes, y compris dans l'armée ou la gendarmerie, mais 30 % des victimes n'en parlent jamais", s'inquiète Pascale Vion, rapporteuse de l'étude et conseillère au Cese au titre de la Fédération nationale de la Mutualité française.

Pour Marie Pezé, docteure en psychologie et créatrice de la première consultation de souffrance au travail, la division sexuée du travail et la double journée des femmes jouent un rôle important dans la perpétuation de ces violences : "Tout dans l'organisation du travail est pensé pour des hommes, débarrassés des tâches familiales et ménagères, encore assumées à 80 % par les femmes." Lors de son audition au Cese, cette experte a fustigé la déqualification à l'embauche, la répétitivité des tâches, source de troubles musculo-squelettiques, le temps partiel imposé, les horaires décalés, les contraintes de rythme, les difficultés au retour d'un congé maternité, les inégalités de salaires…

Marilyn Baldeck, déléguée générale de l'Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail (AVFT), a déploré les classements sans suite des plaintes au pénal pour harcèlement sexuel et jugé insuffisantes les sanctions financières prononcées au civil. Elle appelle à la mise en place d'une politique de prévention dans les entreprises, la Fonction Publique et à une mobilisation des représentants du personnel.

Avec une difficulté, évoquée par une conseillère FO au Cese, élue de CHSCT : les femmes ne parlent pas de ces problèmes, "elles ont honte". "Il nous incombe d'exercer une vigilance empathique", conclut l'étude, en insistant sur "l'urgence sociétale et de santé publique" de mettre fin à ces violences.

Source : revue Santé et Travail : trimestriel N°89 (janvier 2015)

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